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D’autres vies que les nôtres (1ère partie)

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Voyager au long cours est peut-être autant l’occasion de rencontrer d’autres cultures que sa propre histoire, de mettre cette dernière en perspective, l’appréhender avec un regard différent, moins affectivé, plus détaché. C’est peut-être également la raison pour laquelle l’on croise autant de personnes en voyage prêtes à révéler des choses sur elles-mêmes. Bien sûr il faut considérer le fait que les rencontres brèves facilitent la confidence surtout si comme souvent dans ce type de situation l’on ne se reverra sans doute jamais. On peut ajouter aussi que le partage de références ou d’aspirations communes dans un environnement étranger est de nature à encourager les échanges.

C’est indéniablement vrai mais sans doute insuffisant à expliquer cette propension observée à raconter quelque chose de son histoire souvent intime aux autres que le hasard, les circonstances ont placé sur son chemin. Le voyage au long cours aboutit fondamentalement à un déplacement de soi, de ses représentations, de la manière dont on envisage le monde. C’est un voyage entrepris au coeur de soi-même en plein univers. La parole s’en trouve ainsi facilitée. La narration de soi peut alors commencer.

Mais avant cela, quelques considérations préalables indispensables. Comment rendre compte de la complexité d’une existence? Le réel par essence nous échappe alors imaginons lorsqu’il s’agit de ce qui fait de la singularité d’un Autre! En outre, je n’ai pris aucune notes aussi ai-je été bien obligé de m’en remettre à ma mémoire défaillante, pour le reste j’ai comblé comme j’ai pu, le but étant de ne pas restituer exactement ce que j’ai entendu mais d’en capturer l’esprit.

D’un point de vue éthique, je me suis demandé si j’avais le droit de restituer sur un blog ce qui m’avait été confié à moi, en privé. D’emblée je serais tenté de répondre que non, toutefois à celà je dirais pourtant qu’à part un casoù une personne m’a demandé spécifiquement de ne pas apparaître de manière reconnaissable, je n’ai eu aucune autre réserve ou restriction en ce sens. Et encore, m’a t-on demandé dans ce cas précis de ne pas donner son nom. Il n’en a de toute manière jamais été question. Dois-je préciser également que tous les prénoms ont été modifiés?

De toute façon, il ne s’agit pas ici de donner en pâture, ce qui a fait ou non le malheur des autres, ou de révéler quelques anecdotes croustillantes dans un but malsain et voyeuriste mais plutôt de relater des points pivots voire de bascule dans ce qui fait une trajectoire humaine. Pour tenter de mieux appréhender, un tant soit peu, ce qui en tant qu’individu nous donne du grain à moudre pour avancer – souvent à notre corps défendant d’ailleurs – comme on le lira ici.

Les écarts entre la «réalité» de ce qui m’a été confié et sa rédaction entreprise ici me sont entièrement imputables, mais plutôt que de m’en excuser, je tiens plutôt à les revendiquer. La fiction est un outil puissant d’investigation et de tentative de compréhension d’autrui où au travers de nos singularités se dessinent parfois du commun et c’est ce dernier qui m’intéresse de retrouver là, ici et maintenant.

Dans son film Deconstructing Harry, Woody Allen incarnait un écrivain à qui ses proches faisaient le reproche d’utiliser leurs vies comme matière première pour sa fiction. Je pense qu’au contraire, la fiction a quelque chose à dire de soi pas nécessairement au sens du récit autofictionnel mais plutôt dans le sens où elle peut nous éclairer justement non pas dans la narration scrupuleusement exacte de ce que l’on a pu vivre mais dans une réinvention savamment dosée.

Et c’est sans doute ce que reprochent consciemment ou non, et de manière plus profonde et «ontologique» les personnages du film à leur auteur, tant le pouvoir de la fiction est puissant et peut être à même de saisir des choses de nous-mêmes à notre insu.

La crainte peut alors s’apparenter à ceux qui pensent qu’en photographiant autrui on peut lui voler son âme. N’ont-ils pas raison, au fond? Qui n’a jamais éprouvé une sensation de déplaisir à voir dans une photographie de lui-même quelque chose qu’il aurait souhaité dissimulé au regard des autres mais aussi peut-être avant tout à lui? (récits a suivre…) Gregory

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Auteur : asiegzag

Nous sommes une famille voyageant en Asie avec nos sacs à dos pendant un an sans boussole. L'imprévu non seulement n'est pas évité mais invité. Partis à la rencontre des autres, des paysages, culture et nature sont dans notre démarche, complémentaires. Apprendre et expérimenter en marchant, en se posant, tout cela ensemble mais en tenant compte du besoin de solitude de chacun.

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