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MOSTRA, MOSTAR

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Début des années 90, nous nous retrouvions deux amis et moi à Trieste, la ville de l’écrivain Italo Svevo. A proximité nous entendions la canonnade depuis ce qui n’était pas encore tout à fait la Slovénie indépendante. La guerre de ce qui allait devenir l’ex-Yougoslavie venait de commencer. Pendant que nous passions un mois de vacances à travers l’Europe, des familles, des civils voyaient leur quotidien changer radicalement. Trieste et l’architecture monumentale de certains de ses bâtiments contrastaient singulièrement avec le côté provincial qui s’en dégageait. Mais ici l’ambiance était ô combien paisible, les touristes faisaient les touristes c’est à dire qu’ils partaient en quête d’un restaurant ou d’une délicieuse gelato.

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A peine cinquante ans s’étaient écoulés depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, il y a avait bien eu les chars soviétiques qui étaient entrés pour réprimer violemment le printemps de Prague en 1968 mais pas de guerre ouverte sur le sol européen. Le rideau de fer venait de tomber avec la chute du mur en novembre 89 et les pays de l’ancien bloc de l’est obtenaient pacifiquement leur indépendance les uns après les autres. J’écoutais ému à la radio les clameurs des manifestants pour plus de liberté. Une ère nouvelle semblait s’ouvrir et la paix paraissait désormais solidement installée. Mais c’était sans compter les rancoeurs et le nationalisme d’une partie de la population  de ce qui était encore la Yougoslavie et l’opportunisme et le cynisme de certains de ses dirigeants prêts à surfer dessus pour satisfaire leurs ambitions en leur permettant ainsi de se maintenir au pouvoir. Pendant quatre ans de 1991 à 1995 des communautés qui avaient réussi à vivre tant bien que mal ensemble durant des décennies vont se déchirer et s’entretuer.

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Dans une guerre civile, on ne tue pas un étranger mais bien souvent un voisin, parfois même celui qui, il y a encore quelques semaines était un ami mais qui doit mourir à présent parce qu’il appartient à l’autre camp. Avant on était vétérinaire, pompier, professeur maintenant on s’abrite comme on peut dans un bâtiment bombardé, armé et prêt à tirer dès que l’occasion se présente. On est une mère qui a perdu un fils, une femme, un mari ou l’inverse. On est une infirmière qui doit soigner des blessés dans un état désespéré dans un hôpital de fortune sans presque aucun médicament disponible. Les mosquées, les églises, les écoles, les bâtiments administratifs sont systématiquement détruits, les maisons rasées, les habitants chassés, pour les plus vieux, les femmes et les enfants. Les hommes en âge de se battre sont faits prisonniers ou alors ils sont exécutés sur le champs. Les femmes sont violées. Pendant que l’horreur sévit quotidiennement à chaque coin de rue, que fait justement le reste de l’Europe?

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Il y en a dans les médias ou parmi les politiques qui revendique le droit d’ingérence, d’autres qui pensent qu’intervenir militairement ne ferait qu’empirer la situation. Chaque jour passé et ce sont encore des dizaines voire des centaines de blessés et de morts supplémentaires. Aucune décision n’est simple à prendre dans ce genre de contexte. La responsabilité est énorme pour les décisionnaires, les conséquences dans un sens ou dans l’autre peuvent être terribles, parfois le remède même s’avère pire encore que le mal. Alors que faire? L’opinion publique n’a-t-elle pas un rôle à jouer? En tant que citoyen suis-je dépourvu de moyens d’action? La guerre n’est qu’à quelques centaines de kilomètres de chez moi. Tous les matins j’amène mes enfants à l’école, je me déplace dans les rues sans la boule au ventre. Aucun sniper n’a tué un membre de ma famille, une bombe n’est pas venue réduire en miettes ma maison. Je prends la normalité de mon existence pour argent comptant, pourquoi en serait-il autrement après tout? Ça n’arrive qu’aux autres, bien entendu…

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En parcourant le centre historique de Mostar, difficile d’imaginer que tout y avait été pratiquement détruit. Le soleil inonde de ses rayons les échoppes remplies de plein d’artefacts, les touristes, nombreux viennent faire des selfies sur le fameux vieux pont détruit durant la guerre. On achète, on consomme. On vient passer quelques heures dans ses ruelles, manger au restaurant, ramener un souvenir matériel et immatériel, partager un moment inoubliable avec sa bien aimée ou en famille. La vie ici aussi a repris son cours. Du haut du pont, l’on aperçoit l’eau à la splendide couleur bleue turquoise dévaler à toute allure, indifférente aux faits d’armes d’un temps révolu mais pas si lointain, les meurtissures pourraient s’y noyer, les blessures surnager. Certains n’y verraient que du feu.

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Post écrit en écoutant No No No, le très bel et trop court dernier album de Beirut. Mon post s’est nourri du revisionnage du remarquable documentaire en six parties de la BBC intitulé   Yougoslavie, suicide d’une nation européenne  d’un autre tout aussi remarquable documentaire de la même BBC: War in Mostar, Bosnia .

Voici aussi un lien vers un blog dont la visite de Mostar s’est fait dans le même esprit que le nôtre :  Hate and sadness in Mostar, Bosnia.

Gregory

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Auteur : asiegzag

Nous sommes une famille voyageant en Asie avec nos sacs à dos pendant un an sans boussole. L'imprévu non seulement n'est pas évité mais invité. Partis à la rencontre des autres, des paysages, culture et nature sont dans notre démarche, complémentaires. Apprendre et expérimenter en marchant, en se posant, tout cela ensemble mais en tenant compte du besoin de solitude de chacun.

4 réflexions sur “MOSTRA, MOSTAR

  1. Post lu à l’écoute de L’album Harvest.. Neil young. Un petit Marius en écharpe qui fait dodo contre sa maman.
    De nouvelles interrogations sur la vie et le monde qui découle de ce nouveau statut de parenté y la responsabilité que cela implique, pour une lecture chargée en émotion.
    Sans plus de réponse à nos questions, c’est en embrassant le front de mon fils que j’arrive à les oublier pour un temps, l’amour comme une évidence !

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    • De Neil Young, j’aime aussi beaucoup l’album Zuma sur lequel figure Cortez the killer, l’une de ses plus fameuses chansons. Harvest Moon qui est en quelque sorte une suite de Harvest parue dans les 90 est aussi un bon album avec en prime peut-être ma chanson préférée de lui: natural beauty. Oui en tant que parents, on fait ou pas le choix conscient ou non de donner naissance à des enfants dans un monde comment dire… compliqué. Mais néanmoins la vie reste une sacrée expérience, il serait dommage de ne pas y participer…

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      • Il était temps que je surmonte ma fracture numérique et apparaisse : eh bien voilà, c’est magique ! Ah les Balkans, ça vaut le détour, si je m’en souviens bien ! Content de refaire la visite de Mostar avec vous cinq, les globe-trotters… On y était allés par la route en vieille Opel avec Rol et Laeti vers 2003 ! un bon souvenir. Les groupes de punk locaux et l’eau de vie n’étaient pas mal. Ca n’a pas trop changé, on dirait. Les groupes de punk locaux et l’eau de vie n’étaient pas mal. Ca va être bien chouette de vous revoir parmi nous, les amis, avec des tas de choses à nous raconter… Bises du 9-4. A très bientôt.

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  2. Hello le nal, ce coup ci ça pas été trop punk ni eau de vie mais la bière locale est pas mal. Je ne me souvenais plus de ce voyage que vous aviez fait avec lety et rol, par contre je me souvenais de celui qu’avaient fait les happy anger au travers de leur tournée juste après la guerre. A moins que je ne me mélange les pinceaux… là, on est à Sarajevo, c’est beaucoup plus joli que ce que j’imaginais, mais là encore avec cette histoire terrible, le siège de la ville, les stigmates sont encore là quoique peut-être plus discrets qu’à Mostar, mais ce n’est pas sûr. Oui ça sera chouette de se revoir! A très bientôt. Biz. G

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